X FERMER
Que nous apprend la théorie de l’évolution sur les facteurs d’innovation et de changement dans nos sociétés ?
La théorie de l’évolution pose un problème fondamental dans notre culture, en Europe et particulièrement en France.
La controverse entre Lamarck et Darwin sur les théories de l’évolution de l’espèce humaine est très structurante au regard de notre culture éducative et entrepreneuriale. Alors que chez Lamarck, toute différence par rapport à la norme est considérée comme une erreur ; chez Darwin, toute différence est une source potentielle d’innovation.
Notre éducation et notre culture restent très « lamarckiennes ». On ne conçoit qu’une seule évolution linéaire et progressiste avec l’avènement de l’homme et selon un schéma d’accumulation des acquis. En Europe et particulièrement en France, notre pensée universaliste complète le sommet en y plaçant notre histoire et notre culture ; nous sommes le phare de l’humanité. Certes, nous y avons contribué de façon considérable des Lumières jusqu’au milieu du XXe siècle ; mais aujourd’hui notre grande histoire nous prépare mal à un monde multipolaire.
Ce péché d’arrogance touche l’ensemble de l’Occident qui, après la chute du mur de Berlin, a pensé que l’humanité avait atteint « la fin de l’histoire », selon l’expression de Francis Fukuyama, avec le triomphe des démocraties libérales. L’histoire, comme l’évolution, ne s’arrêtent jamais sur cette Terre.
Je suis consterné par la persistance d’une vision universelle de l’histoire centrée sur la pensée occidentale. Notre enseignement doit évoluer lui aussi, à la fois dans le cadre européen et mondial. Notre système scolaire fonctionne trop sur la sélection de quelques élites et par l’échec. La hiérarchie des lycées et des grandes écoles préparent à faire carrière dans de grandes structures : administrations, banques, grandes entreprises. Cela a deux conséquences : l’absence de culture entrepreneuriale au sens de la création d’entreprise et l’absence d’une culture d’essai/erreur.
Cela se retrouve dans notre « écologie entrepreneuriale » hexagonale puisque nous avons beaucoup de très grandes entreprises florissantes et à côté une myriade de PME/PMI et TPE, mais très peu d’entreprises de taille moyenne. A cela s’ajoute une uniformité des élites dans leur vision du monde pour les raisons évoquées plus haut, alors qu’il serait temps de favoriser une diversité des élites.
Notre pensée lamarckienne et de type ingénieur favorise les innovations actives dans des filières qui existent déjà. Il y a innovation, mais sur un mode de type développement.
Résultat, il n’existe pas de grande entreprise dans les biotechnologies ou les NTIC en France et même en Europe, pour les mêmes raisons culturelles profondes. Toutes les plus grandes entreprises de l’Europe continentale excellent dans des filières anciennes tandis qu’aux Etats-Unis, les plus grandes ont à peine une ou deux décennies. La culture entrepreneuriale et d’essai/erreur est dans les « gènes » des Etats-Unis. Si on se trompe, au moins on aura essayé, on aura fait preuve d’initiative et on aura appris quelque chose. Et puis, on sait aussi que les innovations les plus prometteuses viennent des PME/PMI susceptibles de faire émerger de nouvelles filières ; d’où le « small bussiness act » de 1953 tandis que les réglementations françaises et européennes – dictées par les grandes entreprises, s’opposent à une telle mesure ; toujours cette culture de la conservation des acquis !
Dans la culture darwinienne, l’innovation peut émerger de façon passive et il faut la capter.
L’Europe continentale est profondément lamarckienne. Pendant un siècle, l’Occident va dominer le monde avec une vision de progrès et de développement universelle fondée sur la consommation de biens et d’énergie, la santé, l’espérance de vie, la réduction du temps de travail …etc. Et cela a marché, jusqu’au choc pétrolier des années 1970. Donc, de Darwin aux Beattle’s, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles et cela s’accommodait fort bien d’une conception lamarckienne de l’histoire et du développement. On a continué à y croire malgré les avertissements du club de Rome dans les années 1970 et l’émergence des problématiques du développement durable dans les années 1980. La chute du mur de Berlin a donné une dernière illusion.
Aujourd’hui, une autre histoire se met en place et, quand on est évolutionniste, la question qu’on doit se poser est celle-ci : à partir de quand sommes-nous capables de nous dire que ce qui a fait notre succès d’hier ne suffira pas pour demain ?
Une attitude consiste à dire : nous avons été les meilleurs, on ne change rien et on évoque nos gloires passées ; on se réfugie dans notre histoire. C’est ce que Nicolas Hulot appelle le « Syndrome du Titanic » ; tant qu’on n’a pas percuté l’iceberg, tout va bien ; j’ajoute pour ma part : « le navire coule, mais tout va bien puisque nous sommes en première classe et tant que l’orchestre joue ».
L’autre attitude vise, non pas à récuser notre histoire, mais à s’en servir pour faire émerger de nouvelles visions de l’avenir et continuer à faire l’histoire. Nous disposons des capacités nécessaires pour le faire ; nous avons les cartes, mais il faut en faire des atouts. Qu’on le veuille ou non, nous sommes dans un monde darwinien.
Contrairement a ce qu’affirment doctement diverses écoles de philosophie et de sciences humaines, l’homme ne s’est pas affranchi de la nature et, n’en déplaise aux médecins, nous devons nous adapter aux changements que nous avons provoqués et aux maladies que nous avons créées par nos activités ; hier inconsciemment, aujourd’hui de façon irresponsable.
Une des avancées majeures des théories de l’évolution provient des connaissances des comportements sociaux et de leurs changements, notamment chez les singes. On touche un très bel exemple des biais culturels qui suscitent ou freinent l’innovation.
Notre dualisme fondamental sépare l’âme du corps ; nous acceptons que notre matérialité soit partagée avec les autres êtres vivants, mais nous postulons que notre âme, notre être, notre raison, etc. nous sont propres. Alors les scientifiques doivent apporter la preuve que les singes, et tout particulièrement les chimpanzés, partagent avec nous des caractères que l’on croyait exclusivement humains.
La théorie de l’évolution démontre que nos comportements sociaux et nos capacités mentales – notre « esprit »-, comme tout ce qui constitue notre corps – notre matérialité-, provient d’une seule et même histoire naturelle. L’anthropocentrisme viscéral de notre philosophie, qui méprise animaux et machines, se paie très cher.
On aborde là un des obstacles majeurs à tout changement : la persistance de croyances ou de vérités jamais validées par les faits, et qui sont cœur de systèmes de pouvoir. En fait, personne n’a vraiment compris Darwin, même en son temps. Pendant un siècle, la préhistoire se fondera sur l’axiome « l’homme, c’est l’outil ».
Les principaux obstacles au changement dans les sociétés viennent de leurs représentations culturelles ; plus précisément, celles qui ont fait leur force par le passé, mais qui finissent par devenir une entrave à l’adaptation dans un monde qui a changé. Les causes de déclins ou disparitions proviennent plus de facteurs internes à ces sociétés que de facteurs externes.
Par l’observation et la modélisation des comportements de différentes espèces de singes, on perçoit combien une question de bonne organisation, de répartition des compétences et d’équité impacte la survie d’un groupe. Comme le disait Darwin, « ce ne sont pas les espèces les plus fortes ou les plus intelligentes qui survivent, mais celles capables de s’adapter. » La question est donc de savoir si les organisations observées peuvent s’adapter et comment.
Dans le monde des entreprises et des administrations, en France on privilégie les structures, considérées comme les meilleures ; ce sont les « lignées lamarckiennes ». On demande aux individus de se conformer à la structure et à ses fonctions. Dans ce schéma, l’innovation – disons plutôt le changement - se fait top-bottom ou du centre vers la périphérie, de façon centrifuge. Elle est imposée et les collaboratrices et les collaborateurs doivent s’y conformer, sans apporter leur contribution. La structure contraint l’organisation et n’autorise pas les prises d’initiative ou les suggestions.
Les entreprises les plus innovantes, au contraire, jouent sur les organisations. On demande aux individus d’êtres des acteurs et la structure découle de l’organisation ; et c’est bien pour cela qu’il y a évolution des systèmes sociaux. Dans ce schéma, le sommet ou le centre donne les grandes orientations tout en étant sensible aux innovations à tous les niveaux, avec des effets centripètes.
On retrouve l’algorithme darwinien en suscitant l’émergence d’innovation et en la captant. Enfin, quand on parle d’innovation, on pense toujours à de nouvelles techniques ou technologies. Dans un cas, on rend plus performant une structure déjà existante ; dans un autre, on suscite une nouvelle organisation ; en fait, que 80% des innovations qui font le succès des entreprises proviennent de réorganisations.
Dans nos sociétés, quand il s’agit d’innovation technique, on pense le plus souvent aux hommes. Ya-t’il une sorte de déterminisme de la condition féminine ou s’agit-il d’un modèle de pensée imposé par les hommes ?
A force de répétition et de diffusion, nous retrouvons l’empreinte profonde de nos ontologies fondamentales dans tous les modes de pensée du monde. On les retrouve aussi, hélas, en sciences et tout particulièrement en anthropologie ; les sciences de l’homme ne sont pas très amènes avec les femmes - rejetée dans la sous catégorie La femme -, et il en est ainsi dans ma discipline, la paléoanthropologie. Sur la question femme/homme on touche à des catégorisations encore plus archaïques que celles du type homme/animal.
C’est toujours la même procession linéaire et hiérarchique avec, de gauche à droite, des singes suivis des grands singes qui se redressent progressivement avec l’homme parfaitement droit et dominateur comme aboutissement ultime. C’est encore et toujours l’échelle naturelle des espèces ou scala natura[3] qui nous vient d’Aristote. Non seulement cette image donne une vision dégradante des autres espèces (espécisme) et des autres peuples (racisme), mais elle méprise les femmes (sexisme). Car le message à peine subliminal est celui-ci : seul l’homme – le mâle occidental– peut se libérer des contraintes naturelles.
On retrouve cette idéologie en théologie, en philosophie et dans les sciences psychologiques et tout particulièrement la psychanalyse – « Totem et Tabou » de Freud est un tissu de mythologie machiste et péjoratif envers les peuples non européens ; même les sciences humaines peinent à de dégager de ces schémas obsolètes, tout particulièrement en France malgré les travaux de Françoise Héritier et d’Elizabeth Badinter. Pour preuve, le succès consternant du livre Les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars ; ce n’est qu’un ramassis de clichés qui se veut scientifique alors qu’aucune des études scientifiques citées à l’appui ne soutient cette resucée de l’idéologie de la domination masculine, pour se référer à un livre de Pierre Bourdieu.
L’exemple paradigmatique de la domination masculine dans mon domaine concerne la chasse et les outils. On raconte que les origines du genre humain ou Homo se fondent sur une adaptation socio-comportementale nouvelle : l’homme le chasseur et ses outils. D’un côté, les femmes s’installent dans les premiers camps de base et se chargent de la collecte de nourritures végétales, d’œufs, d’insectes et de petit gibier tandis que les hommes se livrent à la chasse et inventent les outils, la coopération, etc. Les femmes perpétuent des activités comparables à celles des chimpanzés, tandis que les hommes apportent un ensemble d’innovations comportementales, techniques et cognitives qui font la différence avec les singes.
Donc, ce qui fonde l’humanité et le propre de l’homme au sens le plus strict, c’est une nouvelle activité – la chasse – et toutes les innovations qui nous distinguent des singes : fabrication et usage d’outils de pierre, partage de la nourriture, technique, culture et même le développement du cerveau avec le langage. L’invention de la division des tâches laisse les femmes dans les contingences de la nature tandis que les hommes inventent l’humain. C’est l’évolution de l’homme au sens le plus strict !
Ces clichés archaïques pourraient faire sourire, sauf que l’on retrouve les fondements culturels d’une idéologie intégrée de la discrimination des femmes entre les métiers, pour les mêmes métiers, que ce soit pour les rémunérations ou le plafond de verre. Le triste tableau de la famille préhistorique décrit précédemment est, en fait, une projection dans un passé qui n’a jamais existé de ce que nos sociétés modernes ont produits en terme de discrimination sexiste.
La paléoanthropologie et l’éthologie récusent ces conceptions idéologiques. On a déjà évoqué le mythe de « l’homme, le chasseur ». Du côté de l’éthologie, ce sont les femelles qui, chez les chimpanzés, utilisent les plus d’outils, comme des pierres comme enclumes et marteaux pour briser des noix. Récemment, on a observé qu’elles façonnent de petites sagaies pour embrocher des galagos, de petits primates nocturnes. C’est une observation capitale puisque, dans toutes les cultures humaines, existe un tabou qui interdit aux femmes d’utiliser des objets ou armes perforants et de faire couler le sang. Sur ces seules observations, on voit bien que la prétendue non compétence technique des femmes/femelles est bien une construction idéologique. Pareil pour la chasse. Les femelles seraient moins aptes car moins fortes, moins compétentes et surtout encombrées de leurs petits. Les lionnes ne s’embarrassent pas de tout cela, notamment en organisant des nurseries ; c’est une question d’organisation.
Dans une culture, notamment celle la philosophie de l’Europe continentale, qui n’a que mépris pour la nature, la représentation des femmes et de leurs rapports à la société se heurte à de profonds obstacles culturels.
Heureusement, il y a l’anthropologie, bien que notre pays soit très en retard sur les « gender studies ». Chaque culture varie sur la construction sociale du genre. Ne serait-ce que dans la culture occidentale, ces représentations sociales du genre diffèrent considérablement chez les peuples issus du droit romain – pays du sud de l’Europe et misogynes - et ceux descendants du droit germanique –plus égalitaires-.
L’organisation du travail depuis la fin du XIXe siècle avec les hommes à l’usine ou la mine et les femmes faisant et élevant des enfants a fait perdurer le « modèle naturaliste » de l’homme –chasseur distillant par la même l’idée fallacieuse qu’il en a toujours été ainsi et que c’est universel.
J’ajoute, en tant qu’anthropologue évolutionniste, que ce qui compte pour une population, c’est son succès reproducteur. Or, pour ne citer que le cas de l’Allemagne, la persistance de considérations négatives envers les mères qui travaillent a une conséquence déjà dramatique : les femmes préfèrent assurer leur carrière et hésitent à avoir des enfants ; voilà comment une puissante nation risque de régresser à cause d’archaïsmes machistes. Comme pour les lionnes, c’est une question d’organisation : des entreprises proposent des solutions élégantes et économiquement viables à la satisfaction de tout le monde.
Qu’en –est il de la différence entre les sexes ?
On a vu que les femelles étaient plus douées pour les outils et les techniques, mais que nos cultures prétendent que les femmes sont moins aptes.
Plusieurs exemples nous montrent que même si nous avons hérité d’un « jeu des possibles » social, cognitif et comportemental partagé avec les chimpanzés, il n’y a pas de déterminisme génétique strict. C’est une bonne nouvelle, car cela veut dire que l’on peut évoluer et que les obstacles proviennent plus de notre histoire et de notre culture – et de leurs idéologies archaïques – plutôt que de prétendues contraintes naturelles.
Il est tout aussi stupide de prétendre que des différences forgées par nos cultures sont de l’ordre de la nature que d’affirmer qu’il n’existe pas de différence de nature par crainte d’en faire des discriminations. Une fois de plus, soyons darwiniens et faisons de ces différences des enjeux d’adaptations pour nos entreprises et nos sociétés.
Les éthologues relèvent des différences – toujours en moyenne – entre les femelles et les mâles. Celles-ci préfèrent des relations sociales plus stables ; elles sont moins enclines à changer d’alliance et évitent les conflits qui pourraient mettre leurs enfants en danger. Les mâles s’investissent peu dans l’éducation des jeunes et consacrent plus de temps aux jeux de pouvoir, modifiant les coalitions au gré de leurs intérêts plus immédiats. Ils se montrent plus opportunistes. Une fois de plus, les chimpanzés se montrent très humains.
Pensez-vous que les nouveaux moyens de communication ont un rôle à jouer ?
Pour accompagner le changement nécessaire, les nouveaux moyens de communication ont sans aucun doute un rôle à jouer. Mais là aussi on se heurte à des archaïsmes comportementaux.
Je me rappelle l’inertie devant l’arrivée des ordinateurs de bureau, les cadres masculins rechignant à utiliser un clavier, tâche dévolue aux secrétaires. On note au passage comment le mythe de l’homme-technique-culture moteur de l’évolution humaine est bien un mythe.
Est-ce que les nouvelles technologies doivent améliorer le rendement d’organisations existantes du travail ou bien favoriser de nouvelles organisations ?
Sans asservir la femme ou l’homme à la machine – parodie des temps modernes de Charlie Chaplin – il est évident que se créent de nouveaux espaces homme/machine. On pense aux robots dans l’industrie et aussi à l’arrivée des femmes dans des métiers d’hommes, comme pour la conduite des engins de chantier … etc.
Les grands bouleversements arrivent avec les jeunes habitués à collaborer en réseaux par jeux ou par projets. Sans forcément connaître leurs interlocuteurs, ils constamment connectés et développent des capacités multitâches. Les femmes qui ont l’habitude de mener aussi bien leurs obligations professionnelles et familiales sont également mieux équipées. Les femmes, les jeunes et les nouvelles technologies vont bousculer les habitudes et les organisations du travail.
Quel est le rôle d’un grand groupe international ?
C’est une question d’organisation et non pas de structure qui permettra d’accompagner le changement. On l’a vu, la structure ou organigramme des entreprises provient de nouvelles organisations du travail au sein de la société à la fin du XIXe siècle ; elles découlent des besoins de produire toujours plus efficacement. Aujourd’hui, le développement des économies de service, la logique qui passe de celle de produits à celles de services ou de concepts, exigent d’autres organisations. Nous en sommes là, avec des entreprises et des structures administratives qui demandent aux personnes – dont les femmes – de s’adapter à leurs structures et celles, plus innovantes, qui conçoivent de nouvelles organisations dont ressortent de nouvelles structures ; en éthologie, c’est la structure est une conséquence de l’organisation, et non pas l’inverse ; c’est bien pour cela qu’il y a évolution.
Un des effets inattendus de la mondialisation est lié aux NTIC qui font que presque tout le monde peut savoir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Dans une première phase de la mondialisation, des entreprises faisaient fabriquer leurs produits dans des conditions de travail inacceptables, notamment pour les enfants. A force de pressions, ces entreprises ont modifié leurs attitudes, passant de l’exploitation à une coopération favorisant le développement social et économique.
Les problématiques du développement durable, et plus particulièrement les bonnes pratiques de la RSE, ont été comprises comme des sources d’innovation, mais aussi éthiques, et non plus comme de nouvelles contraintes. Les préoccupations sur les coûts du transport et de production de CO2 remettent en cause la seule considération des coûts de production comme seul motif de délocalisation.
Les formes de gouvernances, voire de non-gouvernance, se diversifient. Beaucoup de grandes entreprises internationales contribuent à des changements sociaux considérables, notamment en favorisant les activités économiques des femmes et des minorités. Il y en a d’autres qui, hélas, perpétuent des habitudes post-colonialistes ; elles finiront par en payer le prix.
Les anthropologues évolutionnistes ont devant eux une tâche immense à accomplir : décoloniser notre imaginaire façonné par un siècle de colonialisme et de racisme.
Dans le cadre d’une mondialisation multipolaire qui n’est plus guidée par l’illusion d’une vision universelle du développement économique et social, c’est ainsi que les entreprises et le « progrès » retrouveront une dimension anthropologique trop longtemps négligée : Anthroprise !
[1] Egalement Conseiller scientifique auprès de grands musées – Cité des Sciences, Palais de la Découverte, Musée des Confluences – et auprès de l’Education Nationale pour les programmes et leur enseignement, Pascal Picq contribue à la diffusion des connaissances en paléoanthropologie (évolution biologique de l’Homme), en préhistoire (évolution culturelle de l’Homme), en éthologie (évolution des systèmes sociaux).
Derniers ouvrages parus : ‘Il était une fois la paléoanthropologie’, Odile Jacob, 2010 et "Un paléoanthropologue dans l'entreprise' Eyrolles, 2011.
Expert de l’Association Progrès du Management, membre associé au Comité Médicis et à l’Académie des Entrepreneurs, Pascal Picq rend compte des mécanismes évolutifs observés et impliqués dans les enjeux actuels d’adaptation et d’organisation. Récente publication : Crise, entreprises et évolution. Comment réorganiser l’Entreprise au Sortir de la Crise ? Cahiers Friedland (janvier 2011).
[2] Nous partageons avec les chimpanzés 99% de nos gènes pour un génome de seulement 25.000 gènes ; nous avons les mêmes systèmes sociaux, même en termes d’organisation ; les mêmes régimes alimentaires frugivores/omnivores ; des traditions, des outils et des cultures ; de l’empathie, de la sympathie, des notions de bien et de mal ; le rire et les pleurs ; la préférence pour des partenaires sexuels et la copulation face à face, etc. Autant de ressemblances signifient une chose toute simple : nous partageons un ancêtre commun récent qui possédait déjà toutes ces caractéristiques quelque part en Afrique, il y a 5 à 7 millions d’années. (précision de Pascal Picq)
[3] Ce scalisme est tellement ancrée dans notre culture que tous les grands singes d’aujourd’hui et tous les fossiles d’hier n’arrivent pas à le falsifier en dépit des travaux de Charles Darwin, Stephen Gould ou les miens. Darwin dans « La filiation de l’Homme », Gould dans « La mal-mesure de l’homme » et moi-même dans « Nouvelle histoire de l’homme » et « Il était une fois la paléoanthropologie » avons entrepris un travail scientifique de déstructuration de ce scalisme erroné, mais c’est à croire que notre entendement collectif et culturel s’y refuse. (précision de Pascal Picq)
Photo : CC by 2.0
Propos recueillis par Dorothée Van Der Cruyssen
Réagir à cet article
CommentaireLes commentaires sont limités à un maximum de 1500 caractères